Débuter un jardin à Tourbes dans l’Hérault

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Habitant en Normandie depuis 1997, c’est en août 2011 que nous (Liliane et Roland) décidons sur le tard de migrer dans le Languedoc et d’acheter une maison à Tourbes près de Pézenas (Hérault). C’est une maison récente sans grand caractère avec 3000m2 de terrain. Suffisamment grand pour commencer car nous n’avions qu’une modeste expérience des jardins (petits jardins en banlieue parisienne en 1990 et à Caen en Normandie en 1997) mais une vraie motivation.

Le jardin de Tourbes se présente en deux parties : devant la maison, 1000 m2 bordés sur la gauche par une déprimante haie de cyprès à moitié moribonds et sur le devant et à droite par une haie de laurier-roses. Au milieu trône une piscine et partout c’est le royaume du chiendent. La rampe d’accès à la maison (40 m) est en forte pente et longe en contre-bas sur la gauche ce terrain.

Ce terrain situé dans les hauteurs du village offre une vue dégagée sur les collines, jusqu’au Mont Saint-Clair de Sète. Toute la matinée, le soleil l’illumine.

Derrière la maison, 2000 m2 sont occupés par une vingtaine de grands arbres dont des grands pins d’Alep, oliviers, chênes verts et pubescents. Cette surface en légère pente surplombe la maison et on y accède par une courte montée en terre. A côté, l’incontournable vignoble voisin fait un écrin en surplomb. Ce terrain reçoit le soleil de l’après-midi plus ou moins filtré par les arbres selon les endroits et est balayé par la tramontane et le mistral. Les aiguilles de pin recouvrent le sol surtout au centre du terrain où rien ne pousse. Et sous les aiguilles, cette omniprésente terre argilo-calcaire est dure comme du béton en été sans qu’aucune pierre ou rocher ne vienne l’animer.

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De 2011 à 2012, rien ne se passe pour le jardin. Je (Roland) mets à profit cette période pour me documenter sur les spécificités du jardinage « à la méditerranéenne ». C’est une découverte passionnante et je dévore les ouvrages d’Olivier Filippi, Heidi Gildemeister, Louisa Jones et plus récemment de Piet Oudolf et Noel Kingsbury (un vrai choc… même si leurs réalisations s’appliquent à des climats plus frais). Je reste bouche bée devant les réalisations montrées sur les sites web (Jean Mus, La Louve et bien d’autres) et l’adhésion à MGF et Hortus a été très importante pour le partage d’expérience et les visites de jardin éclairées par les professionnels ou les amateurs passionnés.

En 2013, du fait de la retraite les choses sérieuses peuvent commencer à l’automne. Le projet initial n’était pas de faire un jardin de collection de plantes. Nous avions plus envie d’un jardin structuré, en feuillage toute l’année, jouant avec les couleurs et trames de ces feuillages, où l’on se sente bien et en accord avec son environnement et bien sûr peu gourmand en eau et sans pesticides. Il fallait dessiner des allées sinueuses avec quelques points forts pour le regard, introduire des pierres, tant absentes, en créant notamment des murets de pierre sèche autant pour l’esthétique que pour la nécessité : les très violentes pluies de septembre 2014 qui on fait effondrer un talus sur l’accès à la maison et celles d’octobre 2015 avec le torrent de boue qui a traversé le jardin sans faire trop de dégâts ont confirmé l’importance de ralentir le flux d’eau en créant des restanques dans le terrain en pente. Pour cela un petit stage pratique dans le parc du Haut-Languedoc nous a permis d’apprendre quelques bases de technique en pierre sèche. Les pierres que nous nous sommes procurées proviennent presque toutes de récupération en déchetterie. On y trouve surtout des gravats mais sous les gravats dorment des trésors : pierre de taille, vieux carreaux, tomettes, tuiles canal patinées par le temps, lavabos et auges en pierre, objets magiques et nous avons même récupéré une collection de cactus et succulentes qui sont maintenant sur notre terrasse. Nous ne comptons plus les voyages en déchetterie ni les cubages de pierre.

La réflexion nous a finalement conduit à faire deux jardins : celui du devant de la maison est aménagé autour de la piscine et fait appel à des plantes fleuries, choisies pour leur structure et leur couleur mais aussi pour ne pas être exagérément gourmandes en eau. Le plus grand jardin à l’arrière de la maison est aménagé dans un style « méditerranéen » avec des plantes de garrigue ou connues pour leur sobriété de chameau. En bref, devant c’est la plage et derrière c’est l’arrière-pays.

Le jardin devant la maison
Pour la transition entre la maison et la piscine, nous avons vite renoncé à installer une pelouse « anglaise ». Nous nous sommes tournés vers Zoysia tenuifolia sur une petite surface (15 m2) encadrée par une allée en gravillons et plaques d’ardoise. Il a fallu soigneusement enlever tout le chiendent sur 40 cm de profondeur, planter le Zoysia en godets, méticuleusement désherber manuellement les deux premières années afin d’obtenir une bonne couverture. Mais le résultat vaut la peine : bel aspect vert bosselé (car volontairement on n’a pas tondu), quasiment pas d’adventices (une fois installée), un seul arrosage copieux par semaine, une tonte par an éventuellement, très agréable sous les pieds nus. L’inconvénient est le jaunissement en hiver.

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L’aspect bosselé de Zoysia tenuifolia est bien visible au soleil levant rasant.
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Devant de la maison au printemps 2013
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Devant de la maison en octobre 2016

Nous avons créé deux petites buttes, une fleurie sur la droite (Nepeta fassenii ‘Dropmore’, Salvia gregii ‘Christine Yeo’ violette, Santolina lindavica, Helichrysum italicum, Gaura lindhemeiri, Perovskia ‘Blue Spire’ et Rhodanthemum hosmariense pour ses marguerites blanches de fin d’hiver) et sur la gauche une butte de petits palmiers et Yucca sur un tapis de Zoysia. Devant la terrasse de la maison nous avons créé une bordure fleurie. Un volubilis grimpe à l’assaut de la façade. La tonalité de l’ensemble est bleue et blanche (un peu de jaune et rouge).

A droite de la maison nous avons remplacé des lauriers de la haie par des bambous et leur indispensable barrière anti-rhizomes (Phyllostachys flexuosa, plus résistant à la sécheresse) avec au pied un couvre-sol fait de Achillea crithmifolia et Phyla nodiflora qui inhibe assez bien la croissance des mauvaises herbes (à arroser de temps en temps).

Après avoir supprimé l’arrosage automatique qui faisait le tour des haies, nous avons enlevé la haie de cyprès sur la gauche de la maison pour y installer une haie mixte fleurie sur deux épaisseurs avec les plantes en quinconce. Pour éviter le bariolage, nous avons fait quelques répétitions de plantes, dont le mimosa Acacia covenyi avec son magnifique feuillage gris lumineux, Ceanothus concha, Buddleja ‘Lochinch’, Myrtus communis ‘Flore Pleno’ et Lonicera implexa. D’autres sont en isolé dont les mimosas Acacia pravissima et Acacia x hanburyana, Leucophyllum frutescens ‘Green Cloud’, Buddleja globosa, Grevillea olivacea, Grevillea ‘Ivanhoe’, Calothamnus rupestris, Dodonea viscosa purpurea, Pittosporum tobira, Medicago arborea, Choysia ‘Aztec Pearl’, Photinia ‘Red Robin’. A la réflexion, malgré les répétitions, il y a peut-être trop de variétés de plantes (le défaut des débutants) mais tout cela n’a qu’un an, attendons le résultat.

Nous n’avons pas rapporté de pierres dans cette partie du jardin. Mais un évènement inattendu nous a fait commencer la construction d’un mur de pierre sèche sur la rampe d’accès : de très violentes précipitations à l’automne 2014 ont fait effondrer quelques mètres de la partie gauche du jardin sur la rampe d’accès. Cela nous a donné l’opportunité de construire un mur de soutènement sur deux niveaux et de planter en bordure de la restanque le beau Cneorum tricoccon, des romarins rampants (Rosmarinus officinalis ‘Bonifacio’ et ‘Boule’), des iris et un câprier. Les 39 mètres de mur restent à terminer, ainsi que les plantations.

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Mur de pierre sèche le long de la rampe d’accès

Le jardin derrière la maison
La structuration : malgré les inconvénients d’ombre, de concurrence racinaire etc…, il était hors de question d’abattre les grands arbres y compris les pins mais plutôt de « faire avec ». Le projet était d’installer un escalier sur la pente menant au terrain, puis de créer sur la partie haute (plane) dans l’axe de l’escalier une petite butte comme une mini-garrigue avec deux allées de part et d’autre menant à divers centres d’intérêt (des endroits de détente…). Le fond du jardin serait laissé avec une partie sauvage et une partie en massif d’aspect (artificiellement) sauvage.

L’escalier et la butte : l’escalier en gravier a été créé en utilisant des troncs de cyprès de Leyland récupérés, passés à l’huile de lin. Les bordures ont été plantées de cistes, Helichrysum italicum, lavandes, Lomelosia cretica, Stipa tenuifolia. Des romarins rampants ont été installés sur un talus et des plantes grasses et cactées sur l’autre (Aloe striatula, Yucca baccata, opuntia, agaves). La petite butte en haut de l’escalier a été créée sur une partie difficile qui servait à parquer des véhicules et qui reçoit du soleil presque toute la journée. J’ai allégé le sol avec des graviers (insuffisamment je crois). Le choix des plantes de garrigue a été éclairé par la visite du jardin d’Olivier Filippi. Lavandes, cistes, santolines, phlomis etc… occupent le terrain. Les plantes ont 1 à 2 ans, 3 pour certaines, mais je n’ai pas encore réussi à les sevrer en eau d’arrosage (encore un arrosage par semaine durant cet été qui a été si sec). La butte est flanquée par deux chemins gravillonnés plus ou moins sinueux qui conduisent aux parties droite et gauche du fond du jardin.

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Escalier vers le jardin à l’arrière de la maison

Espace de détente : après la butte, nous avons installé une calade, en forme de cercle avec un soleil en noir et blanc; là se situe à l’ombre des pins un espace de repas et de repos. C’est l’endroit le plus frais du jardin. Pour tenter de créer une ambiance plus intime, nous l’avons limité en arc de cercle par successivement un petit ouvrage en pierre (qui abrite une plancha), un massif de plantes formant des boules et juste sous les pins trois grands carrés en bois où les plantes sont surélevées. Le défi était de pouvoir faire pousser des plantes malgré la concurrence racinaire des pins, le tapis d’aiguilles et l’ombre à certains endroits. Les boules végétales, naturelles ou à mettre en forme, Teucrium fruticans ‘Ouarzazate’ (bleu) et ‘Gibraltar’ (blanc), Myrtus communis ‘Giulli’ et M. communis subsp. tarentina, Armeria canariensis, Buxus arborescens, Phillyrea angustifolia, Leucophyllum frutescens sont censées supporter la concurrence racinaire. Les trois carrés de bois sont plantés différemment : le premier qui reçoit le soleil porte des graminées hautes (Panicum virgatum ‘Northwind’ très raide sous le vent) avec Verbena bonariensis, Teucrium hircanicum (encore les bleus/violet) et le gris de Tanacetum densum amanii en bordure. Le deuxième porte surtout des euphorbes avec plusieurs cultivars de Euphorba x martinii et le troisième des floraisons blanches de Salvia officinalis ‘Alba’, Salvia gregii ‘Alba’, Convolvulus cneorum, Gaura (c’est à améliorer…). Tout ce petit monde, encore bien jeune (un an), se porte bien avec son arrosage hebdomadaire et l’enlèvement épisodique des aiguilles de pin dans les carrés et les cuvettes des plantes. A voir sur la distance…

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Coin repas avec le soleil en calade
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A gauche, abri de la plancha avec un Plumbago capensis ‘Dark Blue’;
au milieu les plantes qui devront former des boules végétales
et un des carrés de bois.

Restanque et terrain de boules : Pour les raisons mentionnées plus haut liées aux intempéries, j’ai construit une restanque en haut à gauche du terrain et un terrain de boules en haut à droite. La construction de la terrasse a fait enterrer sous une bonne couche de terre les collets de quelques pins et chênes. Après avoir pris l’avis de Joël Avril (chroniqueur jardin de France Bleu Hérault), j’ai entouré les bases des troncs de gros cailloux jusqu’au niveau du sol primitif, ce qui devrait empêcher la pourriture des collets. Espérons…Du côté du terrain de boules, un banc permet aux boulistes de se reposer à l’ombre d’un chêne et de se consacrer à l’apéro l’heure venue. La végétalisation de ces deux espaces est en cours.

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Terrain de boules

Fond du jardin
Il comporte en projet un massif aménagé pour paraître sauvage (9m50 x 6m) et tout au fond un espace plus grand laissé libre où, au printemps, les Ophrys et Himantoglossum robertianum puis les autres floraisons réjouissent l’œil. Le massif est en cours d’aménagement, j’ai amendé le sol avec des cailloux, du compost, du sable (silice) ; seul un petit coin a été planté à titre d’essai. Les plantations se font en masse avec des dominantes soit grise (Tanacetum densum, Echinops ritro, Eryngium amethystinum…) soit bleu (sauges érigées) et jaune (Achillea filipendulina ‘Gold Plate’, euphorbes) répétées trois fois. Les espaces libres seront surtout occupés par des graminées, Pennisetum orientale ‘Tall Tails’ ou P. alopecuroides ‘Hameln’ et aussi Miscanthus sinensis ‘Yaku Jima’ et stipa, avec des touches de rouge, Achillea millefolium ‘Cerise Queen’ et Penstemon barbatus ‘Coccineus’. Il y a aussi des groupes de bulbes d’ail (Allium sphaerocephalum, Allium ‘Beau Regard’, Allium tuberosum.) Le rapport plantes en masse/plantes de remplissage est d’environ 70/30. Tout cela reste assez théorique, reste à voir le rendu sur la durée avec les inévitables bonnes et mauvaises surprises. Pour l’instant le massif ressemble à un champ de bataille avec des trous partout.

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Un coin du massif en essai :
Sedum spectabile (g.), Caryopteris x clandonensis 'Grand Bleu’ (m.)
et divers pennisetum (autour).

Les jeunes plantes ont été surtout obtenues des pépinières Filippi, Cavatore, Bulb’Argence, Petite Pépinière de Caunes et plus rarement de jardineries. Certaines viennent de la bourse aux plantes Hortus. Il y a aussi beaucoup de semis en cours faits par Liliane avec les graines de la banque de MGF gérée par Chantal. Il va falloir du temps… La suite l’année prochaine…

Nous serons heureux de recevoir les membres MGF qui souhaiteraient jeter un coup d’œil et nous apporter leur expérience, même si pour l’instant il ne s’agit que du début.

Nous contacter : Liliane et Roland Leclercq. Possible en anglais.

Liliane et Roland Leclercq – octobre 2016

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